Rectorats : les personnels administratifs soumis·e·s à fortes pressions

(actualisé le )

Les candidat·e·s, enseignant·e·s et établissements doivent savoir quelles sont les conditions de travail des agent·e·s, et à quel prix les examens et concours se déroulent, se dérouleront…ou ne se dérouleront pas.


Les personnels administratifs qui travaillent au rectorat de Lille sont aussi soumis·e·s à forte pression. Selon nos informations, plusieurs d’entre elles et eux sont épuisé·e·s par la forte charge de travail, notamment à l’approche d’un examen complètement désorganisé par le ministère et la haute hiérarchie académique.

Celle-ci parle régulièrement d’ « attention portée aux conditions de travail des personnels », de « bienveillance », d’ « être à l’écoute », mais SUD éducation Nord a eu connaissance des pressions qui règnent rue de Bavay.

Les correcteurs/trices d’examens ou les stagiaires s’indignent à juste de titre de la façon dont elles et ils sont traité·e·s, des distances à parcourir pour aller corriger, du nombre de copies, des changements de lieux de correction de dernière minute, ou pour les seconds du délai qu’il faut pour obtenir un rapport d’inspection en vue de la titularisation ou tout simplement une information sur l’organisation du travail.

Mais qu’on ne s’y trompe pas. Les personnels administratifs du rectorat sont également les victimes d’une situation dont le ministère et la hiérarchie rectorale sont responsables : désorganisation des services, manque de clarté des consignes données par la hiérarchie (« Les chef·fe·s ne nous tiennent au courant de rien ») ou changements brusques de consignes, pression constante pour résoudre des problèmes engendrés par les choix désastreux du ministère.

Les « autorités » académiques soutiennent les choix ministériels, c’est malheureusement dans leur rôle avant l’intérêt des personnels et des élèves, mais cela doit-il se faire au prix de la santé des collègues administratifs ?

Les enseignant·e·s qui sont en train de se mobiliser pointent aussi la souffrance au travail qu’engendrent les conditions de corrections et de passage des oraux cette année. Cette mobilisation pourrait avoir des conséquences sur les conditions de travail des personnels administratifs du rectorat, en particulier du DEC [1]. C’était aussi le cas en 2019. La pire des choses serait que les catégories de personnels s’opposent, alors que finalement, les personnels, à tous les niveaux subissent la même incurie de la hiérarchie. Nous rappelons que les personnels administratifs du rectorat ont aussi le droit de se mettre en gréve, de s’appuyer sur le syndicat de leur choix, ou de se syndiquer pour se défendre.

Quoi qu’il en soit, cette situation se retrouve dans d’autres académies. Ainsi, dans l’académie de Nantes, les personnels du rectorat qui sont aussi à bout se mobilisent. Ils et elles se sont réuni·e·s en assemblée générale ce mardi 15 juin 2021. Voici le compte rendu de cette AG, publié par la CGT éduc’action de l’académie de Nantes.

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Une info : compte rendu de l’AG des personnels du rectorat de Nantes du 15 juin 2021

Malgré l’expérience d’une organisation des examens et concours sous Covid en 2020, le Ministère agit de nouveau dans l’impréparation la plus totale dans l’organisation des épreuves de la session 2021. La pandémie n’est toutefois pas la cause première des soucis que connaissent les agents mais un révélateur d’un fonctionnement pyramidal inopérant. L’absence de décisions claires au sommet laisse la base dans le flou et l’indécision puis, les ordres, dégringolant tout à coup les marches, doivent s’imposer à la base dans les plus brefs délais. C’est le « stop and go » version Éducation Nationale. Les agent·e·s et leur hiérarchie directe pâtissent quotidiennement d’injonctions contradictoires, de décisions déconnectées des contraintes de leurs postes.

Les directions des examens et concours (DEC) en font largement les frais. Citons le BTS qui doit organiser un rattrapage – qui n’a jamais existé pour cet examen – pour tous les candidats qui n’auraient pas leur diplôme. Cette adaptation au Covid a été officialisée par le Ministre le lendemain d’une consultation des DEC qui avait acté son inadéquation avec ce niveau d’examen. Monsieur Blanquer aura été plus modéré dans sa précipitation pour faire paraître le BO encadrant cette disposition et son application dont la faisabilité reste à démontrer. Force est de le constater car, à quelques semaines des épreuves, aucun texte réglementaire n’a accompagné les sorties du ministre sur les plateaux télé. Le baccalauréat général doit quant à lui assurer une réforme, dont l’application n’a pas associé les agent·e·s, tout en assurant des adaptations des épreuves au Covid. Le sacro-saint examen connaît un flot d’incohérences, de bricolages, d’ordre et de contre-ordres ne se tarit pas depuis des mois. Les concours enseignants et administratifs ne sont pas en reste avec des journées dépassant les 10 heures de travail pour organiser la passation des épreuves dans des conditions rocambolesques.

Conséquence directe, les agent·e·s chargé·e·s de la gestion des sujets des examens et concours subissent directement les difficultés des autres bureaux. Même les vacataires sont en heures supplémentaires !

Les outils informatiques dépassés, le retard dû aux injonctions ministérielles, la relation aux candidat·e·s, enseignant·e·s et établissements ulcérés par ce fonctionnement épuisent les collègues. Les heures supplémentaires explosent, tout comme les arrêts maladies et les craquages dans les bureaux. Des élu·e·s au Comité Technique Spécial Académique ont écrit au Secrétaire Général et au membres du CHSCT Académique le lundi 7 juin pour alerter de la situation. Ce courrier est bien évidemment et malheureusement resté sans réponse….

A bout, les agents de la DEC de l’académie de Nantes ont décidé de se réunir en assemblée générale le 15 juin 2021 pour décloisonner les situations dans les bureaux et trouver les moyens de se faire entendre collectivement. Plus de 100 agent·e·s (la majorité de la DEC, mais des collègues d’autres services étaient présent·e·s en solidarité), qu’ils ou elles soient titulaires, contractuel·le·s ou vacataires, « simple » agent·e, chef·fe de section ou même de bureau ont participé à une première assemblée ce mardi 15 juin 2021.

Le premier objectif est de faire entendre la souffrance au travail des agent·e·s, tant des étages supérieurs de l’académie que du ministère, deux sphères qui semblent penser qu’il suffit d’appuyer sur des boutons pour que les épreuves se tiennent. Il n’aura suffi que d’évoquer le risque d’une non-publication des résultats dans les temps pour recevoir sous deux heures une réponse à une demande d’audience qui se déroulera mercredi 16 juin. Le temps de réaction est visiblement proportionnel au rapport de forces. Une nouvelle assemblée générale est déjà organisée pour mardi 22 juin avec la présence souhaitée de la presse. Un communiqué de presse a été publié.

Les candidat·e·s, enseignant·e·s et établissements doivent savoir quelles sont les conditions de travail des agent·e·s, et à quel prix les examens et concours se déroulent, se dérouleront…ou ne se dérouleront pas.

Notes

[1Département des examens et concours, au rectorat de Lille.