Grève massive le 14 juin dans un collège de la Métropole lilloise


Les conditions de travail d’un gros collège de la Métropole se dégradent depuis plusieurs années. Avec 750 élèves, il faisait pourtant bon y vivre : les personnels sont très impliqué·e·s dans la vie quotidienne de l’établissement et communiquent beaucoup à propos du travail. Agent·e·s, assistant·e·s d’éducation, AESH, enseignant·e·s et personnels administratifs et techniques forment une équipe plutôt stable qui parvient à donner à ce gros collège une ambiance familiale de petit établissement, en lien avec les parents d’élèves.

Or cette ambiance est soumise à fortes pressions. Entre des effectifs de classe de plus en plus lourds du fait des choix ministériels, l’augmentation du nombre de missions, notamment pour les enseignant·e·s et les assistant·e·s d’éducation, et le remplacement des agent·e·s du département par des prestataires privés, les conditions de travail des personnels et des élèves sont atteintes.

Un tremplin pour les carriéristes

De plus, le collège a semblé ces dernières années servir de tremplin aux ambitions de carrière des derniers chef·fe·s d’établissement, avec plusieurs principaux en trois ans : à chaque nouvelle arrivée, il faut tout changer, de façon à faire mousser le ou la chef·fe, qui ainsi pourra obtenir un poste plus prestigieux ou rémunérateur un jour ou bientôt - de proviseur·e ou de membre de la hiérarchie rectorale, par exemple. Le Conseil pédagogique a été instrumentalisé pour court-circuiter le Conseil d’administration et toute démocratie interne.

Résultat : des pressions sur toutes et tous pour imposer des choix organisationnels sans tenir compte de l’avis des personnels, qui ont pourtant une grande expérience et une bonne connaissance du collège et des élèves. Annonce de la suppression des notes, des carnets, des casiers, passage au tout numérique y compris pour les manuels, pressions sur la liberté pédagogique, consignes de vie scolaire différentes tous les ans… il y a même eu la semestrialisation d’une sixième et le changement de tous les documents administratifs internes ! Et toute l’énergie déployée par cette hiérarchie pour faire passer ses “projets”, quitte à diviser les personnels, n’est pas mise au service du fonctionnement quotidien du collège. A cela s’est ajoutée la crise sanitaire avec son protocole, les cours masqués en changeant toujours de salle et sans demi-jauge.

La crise sanitaire n’a fait qu’accélérer la dégradation des conditions de travail

Et alors que la population d’élèves n’est pas beaucoup plus dure qu’auparavant, le fonctionnement pourtant bien rodé du collège a souffert d’une accumulation de petits incidents non réglés, d’incivilités non recadrées, et parfois de pressions sur les personnels pour en faire moins état ou les régler seul·e·s : la responsabilité en termes de conditions de travail pourtant dévolue au chef ou à la cheffe n’est pas la mieux assumée ces dernières années.

Ces éléments et dysfonctionnements organisés se sont accumulés pour créer un climat délétère et ont engendré un grand épuisement physique et moral chez de nombreuses et nombreux collègues. Ils et elles ont alerté collectivement et à plusieurs occasions la hiérarchie de l’établissement sur la situation, mais cela n’a pas été vraiment pris en compte. « Je ne suis pas super-CPE » a un jour osé répondre une ancienne principale, tandis qu’un principal a profité de la situation sanitaire pour imposer à marche forcée des “projets” lui tenant à cœur – en jetant aux orties les outils mis en place au fil des années par les personnels.

La dégradation des conditions de travail a atteint tout le monde : la vie quotidienne des élèves a été soumise à la répétition de certains incidents, du fait d’un traitement moins prioritaire : la hiérarchie a en effet poussé le dogme du “pas de vague” au point de ne pas traiter convenablement des incivilités classiques qui autrefois auraient été immédiatement stoppées. Une goutte d’eau a fait déborder le vase début juin : un conseil de discipline. L’avis des enseignant·e·s et assistant·e·s d’éducation n’a pas été pris au sérieux, une nouvelle fois, malgré un comportement inadmissible répété de la part d’un·e élève et alors qu’un·e assistant·e d’éducation avait subi des menaces.

Grève « inopinée »

Les personnels ont dit stop ! Ils et elles ont été massivement en grève le 14 juin. Des collègues qui n’avaient pas cours sont même venu·e·s participer aux discussions collectives, et à la rédaction d’un courrier précis listant les demandes fermes pour l’organisation du travail au collège. Le principal, pourtant déjà alerté à plusieurs reprises, a communiqué sa “surprise” face à ce mouvement historique dans le collège (“une grève inopinée” selon lui). Il a tenté de limiter le droit de réunion, ce qui a amené SUD éducation Nord à lui rappeler quelques bases, à la demande des collègues. Ils et elles ont imposé une réunion plénière avec le principal pour lui énoncer leurs revendications.

Alors que les collègues s’étaient massivement déclaré·e·s grévistes, le principal a tenu à leur faire prendre le repas de midi au collège, en les laissant dans la cour toute la matinée. Quelques parents d’élèves ont peut-être pu croire que c’était une décision des grévistes ; mais plusieurs d’entre elles et eux ont surtout affirmé un soutien clair à cette mobilisation, qui a aussi pour but de profiter à l’ambiance de travail des élèves et à leur vie dans l’établissement.

Ce très beau mouvement pour défendre à la base ses conditions de travail se poursuit maintenant par la mise à l’écrit collective des revendications concernant la gestion de la vie scolaire et l’organisation de l’établissement. Les personnels ont déclaré avoir besoin de faire le point régulièrement notamment via des heures d’information syndicale, et vouloir être consulté·e·s chaque fois que nécessaire sur l’organisation du collège. SUD éducation Nord mettra si besoin l’outil syndical au service de leurs légitimes revendications.