Le bac français 2021 : une catastrophe !

Communiqué de presse et tract de SUD éducation Nord.


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Communiqué de presse

Cette année le bac français, imposé contre toute attente, s’annonce particulièrement catastrophique pour les personnels, et au détriment des élèves. Il aurait été parfaitement possible de faire comme l’an passé (prendre les notes de contrôle continu et réaliser des harmonisations).

Les convocations pour l’oral ont été envoyées très tardivement aux personnels, et depuis leur envoi de multiples changements ont eu lieu. Ainsi par exemple des enseignant·e·s ont été convoqué·e·s pour les oraux, ont commencé à travailler pour préparer (les interrogations orales demandent un travail sérieux de préparation en respect des candidat·e·s) ; puis ont vu leur convocation annulée et remplacée par une autre, parfois à deux reprises, avec des textes et lectures différentes à préparer. Ces modifications ne sont probablement pas terminées, et il reste moins de deux jours de préparation, les oraux commençant lundi 21. Ainsi nombre de professeur·e·s interrogeront des élèves sur des textes et ouvrages qu’ils et elles n’auront pas eu le temps d’étudier ou de lire.

Les personnels du DEC (département des examens et concours du rectorat de Lille) qui gèrent ces convocations sont submergé·e·s de travail, contraint·e·s à de nombreuses heures supplémentaires, soumis·e·s à des injonctions contradictoires ou à des décisions déconnectées de leurs postes. Aussi nombre d’enseignant·e·s signalant au DEC l’impossibilité de remplir leur mission ne reçoivent pas de réponse.

A l’écrit le ministère impose la correction numérique, beaucoup plus fatigante pour les correcteurs et correctrices. Elle empêche aussi de trier les sujets, dont le nombre proposé aux candidat·e·s a été doublé. L’évaluation des copies est ainsi rendue particulièrement difficile, et beaucoup plus aléatoire, au détriment des élèves. De plus, nouveauté de l’année, le nombre de copies à corriger n’est pas indiqué sur les convocations. Cela va autoriser l’administration à ajouter des copies en cours de correction, sans temps supplémentaire – un temps déjà très court – Le nombre actuel moyen de départ semble être de 15 copies par jour ; or en 2016 le Comité d’Hygiène Santé et Sécurité ministériel, alerté par la dégradation des conditions de travail lors du bac français, préconisait 10 copies par jour. Enfin la correction numérique permet un « flicage » des correcteurs et correctrices, dans le cadre – ironie de la chose ! – de « l’école de la confiance » prônée par le ministre.

Encore une fois, faute de préparation, mais aussi de dialogue, le ministère impose aux personnels des conditions de travail inacceptables. Et ce faisant marque aussi un mépris certain pour les élèves. Les faits signalés ci-dessus ne sont pas en réalité liés à la crise sanitaire, mais bien à une gestion catastrophique globale du ministre Blanquer.


EAF 2021 : LA COUPE EST PLUS QUE PLEINE ! (tract)

Après une réforme des programmes de lettres calamiteuse – particulièrement en classe de première – dénoncée par nombre d’entre nous, et deux années marquées par la crise sanitaire, où les professeur·e·s de toutes les matières ont souffert pour maintenir la fameuse « continuité pédagogique » malgré l’impréparation du ministère, les injonctions contradictoires, les classes qui ferment, ré-ouvrent, les cours en demi-jauge exigeant de faire le grand écart, les « aménagements de programme » plus que tardifs, voilà que le ministre nous impose dans des conditions inacceptables de corriger les épreuves écrites et orales de l’épreuve anticipée de français (EAF).

Des copies numérisées

Celles et ceux qui ont déjà testé (pour les BTS par exemple) la correction numérique peuvent le dire : c’est bien plus difficile et fatigant que la correction sur papier. Outre que c’est peu écologique, les scans ne sont pas toujours lisibles (surtout si les élèves écrivent sur toutes les lignes des feuilles à petits carreaux).

D’autre part il n’y a pas possibilité de trier les copies et de les regrouper par sujet, alors que le nombre de sujets différents est doublé. Autant de facteurs qui ralentissent les corrections et les rendent bien plus épuisantes.

Un nombre de copies non défini

Pour la première fois le nombre des copies attribuées à chaque correcteur et correctrice n’est pas indiqué sur la convocation. Traduction : il est loisible à l’administration d’ajouter autant de copies qu’elle le souhaite sur les correcteurs/trices, et bien sûr sans que le temps de correction global soit modifié. C’est ce qui est arrivé à certain·e·s collègues qui ont corrigé l’épreuve de culture générale et expression en BTS. Ne soyons pas dupes de ce genre de manipulation ; le nombre de collègues, qui, épuisé·e·s ou furieux-ses vont se désister risque d’être important, l’administration le sait, et celles et ceux qui « tiendront » devront compenser.

D’autre part, rappelons que le CHSCT ministériel avait pris acte en 2016 de la dégradation des conditions de travail des professeur·e·s de lettres durant les épreuves de l’EAF, et avait préconisé 10 copies par jour. Or, à regarder les nombres globaux indiqués sur les convocations, nous serions dès le départ à 15 copies par jour, soit une augmentation de 50 %, ce qui est énorme.

La correction numérique est aussi un moyen pour l’administration de procéder à un véritable « flicage » des enseignant·e·s. Les plate-formes permettent en effet de contrôler la vitesse de progression de chacun·e, le nombre de copies corrigé·e·s par jour, etc. C’est là sans doute ce que le ministre nomme « l’école de la confiance ».

Les convocations à l’oral : des situations ubuesques

Alors que les élèves avaient reçu leurs convocations, les professeur·e·s n’avaient pas les leurs. Beaucoup les ont reçues le vendredi dans la journée et n’ont donc pu assister à la visio « obligatoire ». D’autres n’ont pu accéder à cette visio en raison des dysfonctionnements informatiques – auxquels nous sommes accoutumés depuis mars 2020.

Certain·e·s ont reçu des convocations pour une période s’étalant du 21 au 29 juin inclus, soit 7 jours complets d’oral. Parfois le lieu de l’oral est très loin du domicile – y compris pour des collègues habitant l’agglomération lilloise, où pourtant les centres ne manquent pas. Parfois ce lieu n’est pas accessible en transports en commun ; comment font les collègues qui n’ont pas de véhicule ?

Les collègues qui s’adressent au DEC (département des examens et concours) afin de signaler des impossibilités n’arrivent pas toujours à joindre la personne responsable de leur dossier, et n’ont pas de réponse à leurs courriels, alors que nous sommes à quelques jours du début des oraux. Il ne s’agit pas d’incriminer nos collègues qui travaillent au DEC, qui sont absolument submergé·e·s d’appels et de courriels ; mais pourquoi et comment leur hiérarchie a-t·elle pu laisser s’instaurer une situation aussi catastrophique, qui pèse très lourdement sur la santé physique et morale des personnels, que ce soit les personnels administratifs ou les enseignant·e·s ? Toujours est-il que des changements sont opérés tous les jours : tel-le qui devait corriger des écrits se retrouve avec une convocation pour l’oral. Et ce sans avoir forcément accès aux descriptifs : il reste deux jours pour préparer ! Tel-le qui n’est pas encore convoqué·e pourrait tout à fait l’être dans les jours qui viennent.

Nous n’avons d’autre part pas de liste d’élèves [1]. Comment préparer lorsqu’on a cinq ou six descriptifs, mais qu’on ignore le nombre d’élèves concerné·e·s ?

Des centres d’oral sans coordonnateurs/trices

Autre nouveauté : pas de coordonnateurs/trices dans les centres. On nous en a annoncé deux ou trois par bassin. Cela signifie deux choses : les tiers-temps devront être assumés par les enseignant·e·s présent·e·s, avec des décalages augmentant encore le travail journalier. D’autre part, de nombreux coordonnateurs/trices avaient pour habitude de soulager les collègues en interrogeant quelques élèves en sus des tiers-temps (notons au passage l’attitude indigne de certain·e·s inspecteurs/trices qui leur en ont fait reproche). Cela ne se fera pas. Or les convocations indiquent un nombre de candidat·e·s de 13 par jour (et parfois 14). Le CHSCT ministériel préconisait un maximum de 11. Combien d’entre nous commenceront-ils/elles leurs vacances dans un état physique et moral préoccupant ? Qu’en est-il de la responsabilité de l’employeur concernant la santé physique et morale des personnels ?

D’autre part, ces mêmes coordonnateurs/trices étaient dans l’obligation, dans certains établissements, d’assurer l’accueil des élèves en début de demi-journée (cet accueil est censé être assuré par l’établissement). Les examinateurs/trices devront-ils/elles également se charger de ce travail ?

Et que penser de l’injonction faite à certain·e·s d’effectuer un nettoyage des tables après chaque candidat·e ? Ce n’est certes pas une tâche dégradante, mais n’avons-nous pas assez de charge déjà ?

DÉCIDÉMENT NON ! TROP C’EST TROP ! Assez avec le mépris !
Nous exigeons des conditions de travail décentes,
et la protection de notre santé physique et morale.

Nous pouvons lutter. Il serait naïf de penser que tout est dû à la crise sanitaire et que tout reviendra à la normale l’an prochain. Ce qui se passe aujourd’hui a de grandes chances de perdurer.

Des préavis de grève ont été déposés et resteront valables pour toute la durée des examens. Sur une convocation donnée, rien n’oblige à être gréviste sur toute la durée de la convocation ; il est tout à fait possible d’être gréviste certains jours et pas d’autres. Et bien sûr il n’y a aucune obligation à prévenir à l’avance.

Pour l’écrit, notre problématique est la même que celle des correcteurs/trices de philosophie. Une AG s’est tenue ce 16 juin à Lille après un rassemblement. Des professeur·e·s de philosophie, de lettres, mais aussi d’autres matières, voire de collège et de LP y ont assisté. Plusieurs pistes de résistance ont été évoquées. Le collectif des professeur·e·s de SES a également appelé à un boycott des épreuves du grand oral.

Il est très important de profiter des réunions d’harmonisation pour discuter ensemble et envisager des moyens d’action.

Une autre AG initiée par le collectif des profs de philo mais à laquelle les professeur·e·s de lettres sont convié·e·s, se tiendra à la Bourse du travail de Lille (174 Boulevard de l’Usine – Lille) lundi 21, mardi 22 ou mercredi 23, selon la disponibilité de la salle [2],. Venez-y nombreux/ses !

Si vous avez lu ce texte et tombez d’accord avec son contenu, merci de le faire circuler le plus largement possible.


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