Mercredi 21 avril : rassemblement de soutien à Aly

Appel à mobilisation mercredi 21 avril à 10h00 devant le CRA de Lesquin, en soutien à Aly Touré.


Deux mois et demi de lutte maintenant pour obtenir la libération et la régularisation d’Aly, jeune Guinéen lycéen à Marly incarcéré à Lesquin depuis le 6 févier. Deux mois et demi et malgré les mobilisations et les interpellations, malgré l’implication d’Aly dans sa scolarité et sa motivation, l’État et son représentant le préfet Lalande n’ont pas bougé d’un pouce.

Depuis deux semaines c’est Maya, jeune apprenti boulanger de Grande-Synthe, qui est également visé par une OQTF et menacé du même traitement qu’Aly.

Le deuxième prolongement de la rétention d’Aly a été prononcé le lundi 5 avril : en effet, depuis 2019, la loi permet d’enfermer les étrangers 90 jours. Aly a subi plus de deux mois de prison.

Appel à la mobilisation du lycée Mansart par Aly Touré, lycéen enfermé au centre de rétention de Lesquin depuis le 7 février !

Rassemblement de soutien à Aly Touré
Mercredi 21 avril • 10h00 devant le CRA de Lesquin

- La page du rassemblement

Les Eléphants Voyageurs, un collectif de soutien aux enfermé·e·s en centre de rétention soutient Aly pendant cette rétention. Le syndicat SELA-CGT de Valenciennes s’est impliqué pour construire la mobilisation de soutien. SUD éducation Nord appelle également à se mobiliser pour Aly et les autres élèves menacé·e·s d’expulsion.

Premier témoignage d’Aly (mars 2021)

Le Collectif appelle Aly régulièrement. Voici le premier témoignage d’Alye recueilli en mars tandis qu’Aly était enfermé au C.R.A de Lesquin.

« Du coup pour commencer, si ça te va, tu peux peut-être te présenter ?

– Ah d’accord, je m’appelle Aly. J’ai vingt ans. Je suis venu en Europe depuis 2016 avec un monsieur qui m’a aidé pour venir. Dès qu’on est rentré en Italie, c’est lui qui a fait toutes les démarches par rapport à l’asile mais moi je ne savais pas qu’il avait demandé l’asile pour moi. Ils m’ont pris mes empreintes sur la machine. J’ai demandé pourquoi, ils m’ont dit que c’était pour savoir le nombre de personnes qui rentrent en Italie. Ils m’ont pas dit que c’était pour une demande d’asile, moi je ne savais rien de tout ça.
Je suis arrivé en Europe à l’âge de 15 ans. Je ne suis même pas resté plus de trois semaines en Italie après je suis venu en France. À la gare, un monsieur m’a dit qu’il connaissait une association qui s’occupait des enfants, qui s’occupe des mineurs et il m’a montré là-bas c’est EMA [1].
J’ai été accepté et après j’ai été transféré à Valenciennes. Là-bas j’ai fais deux ans de CAP. J’ai eu le diplôme et après j’ai fais encore un an de CAP plomberie. Maintenant je suis en train de terminer mon Bac Pro en finition de bâtiment. Donc ça fait cinq ans que je suis en France et personne ne peut dire que j’ai fait des choses de mal. Depuis que je suis ici moi j’ai seulement été à l’école parce qu’en Guinée ma mère n’avait pas de possibilité de m’envoyer à l’école. Quand je suis arrivé ici et que j’ai pu aller à l’école, je me suis fort motivé. Moi j’ai envie de rester en France.
Quand on est jeune, l’éducation c’est très important. Maintenant la question c’est de me libérer pour que je continue mon Bac Pro.

– D’accord, et tu peux nous expliquer un peu comment tu t’es retrouvé au centre de rétention ?

– Oui la première fois qu’on m’a arrêté c’était fin 2020. J’étais en train de quitter le stage, ils m’ont arrêté devant la porte. Ils m’ont amené au centre de Calais (Coquelles). Après je suis passé devant le
JLD [2] qui m’a libéré avec une assignation à résidence. J’ai toujours respecté d’aller signer. Un jour le commissariat, ils m’ont convoqué pour me dire qu’ils ont
réservé le billet pour que je rentre chez moi. J’y suis allé avec mon prof d’anglais. Ils ont dit qu’il y avait un billet pour moi à Paris mais c’est pas obligatoire. Si tu as envie, il y a les papiers tu peux les signer. Si j’ai pas envie, c’est pas obligatoire, je ne dois pas signer les documents. J’ai dit que je ne voulais pas retourner en Guinée parce que un je n’ai pas de parent là-bas et deux ma vie est en danger. Je veux rester en France et continuer mes études. Le policier a tout noté et il m’a dit qu’il le donnait au sous-préfet. Après ça, le 5 février les policiers ils sont venus chez moi à 06h05. Ils sont rentrés dans ma chambre comme si on était en guerre ou si j’étais un criminel recherché.

– Ils n’ont pas tapé à ta porte ?

– Non ils n’ont pas tapé, moi j’étais en train de dormir. Ils m’ont mal réveillé et même quand ils m’ont envoyé à Calais depuis j’ai mal à la tête. J’ai pleuré. Depuis j’ai mal à la tête. Ils m’ont donné un médicament, mais la manière dont ils sont rentrés dans ma chambre c’est comme si j’avais tué quelqu’un. Le 7, je suis passé devant le JLD qui m’a prolongé. Après, ils m’ont transféré à Lesquin et je suis là maintenant. Ils m’ont donné une convocation pour dimanche, je dois repasser devant le juge.

– Et si tu as envie, tu peux nous parler un peu du transfert entre les deux centres et comment ça s’est passé ?

– Oui, oui. Les trois policiers qui sont venus me chercher à Calais, ils m’ont mis dans la voiture. Sur la route, dans la voiture, comme il n’y a pas de caméra ils m’ont mis le truc là sur les mains.

– J’ai pas entendu, excuse moi.

– Ils m’ont mis le truc là sur les mains, je ne sais pas comment on dit.

– Ah oui les menottes.

– Oui les menottes, ça me fait mal. J’ai demandé pour les desserrer un peu. Ils m’ont dit de me taire ! Je suis resté concentré sur ça parce que ça me fait mal. J’ai pleuré et après ça ils ont commencé à me frapper. Le policier il a pris ma tête et il l’a mise sous ses pieds. Comme je ne respirais plus, il a eu peur et il m’a laissé.

– Ça veut dire à ce moment là, tu as la tête entre ses jambes et tu as du mal à respirer ?

– Voilà du coup il m’a laissé mais après il m’a donné un coup dans le ventre. J’ai continué de pleurer. L’autre policier, à côté du chauffeur, il a pris ma tête sous son bras. Il a serré fort et l’autre là il m’a donné des coups de poings dans mon dos. Moi, j’ai continué de pleurer.

– Tu te sens comment aujourd’hui ?

– Vraiment ça me fait mal. Ce jour là, j’ai vraiment pensé que ma main allait être coupée parce que c’était serré très fort. J’ai eu peur parce que c’était ma première fois. Ces trois policiers là c’est incroyable, ils sont très violents.

– Tu as pu voir un médecin pour les différentes violences que tu as subies ?

– Je suis parti à l’infirmerie mais ils n’ont rien regardé. Dès que je leur ai expliqué, ils m’ont juste dit de prendre le médicament c’est tout.

– Ils ne t’ont pas ausculté où tu avais mal ? Ils t’ont juste donné des anti-douleurs ?

– Voilà, après j’ai insisté pour voir le médecin mais on m’a dit que ce n’était pas la peine parce que j’avais déjà les médicaments. Les policiers et les infirmiers ne voulaient pas que je vois le médecin.

– D’accord... et tu vas comment depuis ?

– Les policiers que j’ai croisé ici, ils m’ont dit que si j’étais pas content et que je voulais porter plainte je pouvais le faire. J’ai été voir l’association [3] pour porter plainte.
[interruption Police Aux Frontières]

– Tu veux parler de ce qu’il vient de se passer ?

– En fait, ils m’ont demandé pourquoi j’ai refusé de faire le test Covid. Si c’était parce que je veux pas rentrer ou si c’est parce que j’ai peur du test. J’ai dit que j’avais peur de l’examen médical. Ils m’ont demandé s’ils me proposent un vol, est-ce que je vais le prendre.

– Moi, j’ai dit non que je veux continuer mes études et qu’en plus j’ai un contrat d’apprentissage.

– D’accord, ça se passe comment pour toi à l’intérieur ?

– Difficile. Difficile parce que je n’ai rien à faire. C’est pas facile de rester comme ça sans rien… Pas école, pas travail, rien du tout... oui c’est dur.

– Avec les autres détenus ça se passe comment ?

– Bien, on parle un peu.

– Il y a des choses que tu souhaiterais dire auxquelles on n’a pas pensé ou juste des choses que tu aimerais dire ?

– Oui, quelqu’un de la mairie de Valenciennes est venu me voir aujourd’hui pour me dire qu’il voulait faire une manifestation lundi pour demander ma libération.

– Tu sais où elle à lieu la manifestation ?

– Lundi matin devant mon lycée. Ça me fait très plaisir parce que jevois qu’il y a des amis et le lycée qui me soutiennent. C’est un grand plaisir pour moi. »

À l’issue de ce témoignage, le Collectif les Eléphants Voyageurs apprend le résultat de l’audience auprès du JLD. Le juge maintient et prolonge l’enfermement d’Aly pour une durée de 30 jours. Un rassemblement pour la libération et la régularisation d’Aly a eu lieu le jeudi 11 mars à 8h00 devant le lycée François Mansart à Marly, puis à 10h00 place d’Armes à Valenciennes


***

Second témoignage d’Aly (avril)

« La dernière fois il y a un policier qui a demandé qui était Aly Touré car il a vu dans la Voix du Nord les articles. Il m’a demandé si mon école était déjà au courant. J’ai dit que oui. Le policier il m’a dit que ça se voyait pas et que la seule chance que j’avais de sortir c’était par l’école.

– La proviseure du lycée n’a pas déjà écrit une lettre ?

– Si, elle a écrit une lettre au sous-préfet mais il ne répond pas. Si il ne répond pas le lycée devrait sortir aussi (c’est à dire manifester). C’est pas normal qu’il n’y ait que les associations qui sortent. C’est comme si le lycée s’en fout. Ils doivent sortir. Comme c’est un lycée, ils ont des relations avec des supérieurs. Ils ont plein de contacts avec qui ils peuvent parler pour essayer de me faire sortir. Un lycée ça a plein de contacts. Si c’est juste envoyer une lettre au sous préfet c’est pas assez. Si le lycée il ne sort pas pour manifester ça va être compliqué. Ça fait quatre ans que je suis là-bas. Au lycée, ils me connaissent très bien du coup c’est eux qui doivent sortir pour manifester avec les associations et l’entreprise où je travaille. Si le lycée ne sort pas, le sous-préfet il doit se dire que le lycée s’en fout de moi.
J’appelle le lycée à sortir manifester pour m’aider à sortir de là. C’est vraiment compliqué pour moi, l’heure est grave pour moi. J’ai entendu la fois dernière, ils ont rapatrié un Guinéen sans faire de test. Ils l’ont attrapé durant la nuit. Depuis que j’ai entendu ça, je ne dors plus la nuit. Ça fait quatre jours. J’ai peur qu’un jour ils viennent pour me donner une piqûre et je ne pourrai plus rien faire.

– Ils t’ont déjà fait une piqûre ?

– Non pas encore mais j’ai peur de ça.

– Parce qu’ils l’ont fait pour expulser la personne guinéenne ?

– Oui, oui, oui je pense c’était jeudi passé. Pour la première personne, ils lui ont fait une piqûre durant la nuit. Ils l’ont attachée avec la force pour le mettre dans l’avion. Ils ont aussi bloqué son téléphone. Son lycée, son association, son avocat : il n’a pu prévenir personne. Le matin l’association du centre l’a appelé, il était déjà en Guinée. Il était trop tard pour manifester.

– Du coup, tu veux qu’on contacte de nouveau ton lycée ?

– Oui le lycée s’il peut faire encore plus pour me faire sortir d’ici ça serait bien. J’ai peur qu’ils attendent et qu’après il ne soit trop tard. Là en ce moment, ils peuvent faire quelque chose parce que je suis encore en France dans le centre de rétention. Après s’ils me renvoient en Guinée, il sera trop tard pour manifester. »


Merci de relayer l’appel à l’aide d’Aly. Ces deux témoignages sont ceux d’Aly mais cette situation concerne des milliers de personnes enfermées chaque année dans les prisons pour étranger·e·s.

Notes

[1Évaluation Mise à l’Abri, chargée de l’évaluation des mineurs non accompagnés.

[2Juge des Libertés et de la Détention.

[3L’Ordre De Malte, habilité pour la zone.

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