RASED : méconnaissance des missions, injonctions au remplacement... un ministère en-dessous de tout

(actualisé le )

Des inspections de circonscription exigent que des personnels RASED pallient l’impéritie de l’institution, et le ministère confond grande difficulté scolaire et handicap... Compte rendu d’une audience au ministère du Collectif national RASED, appel intersyndical à soutenir les RASED et communiqué de la fédération SUD éducation.


Alerte RASED



Après plus de 2 ans, le collectif national RASED [1] a enfin été reçu au ministère le 25 novembre dernier.

Les attentes étaient fortes et la déception tout autant !

Les organisations membres du Collectif, dont SUD éducation, ont eu à cœur de rappeler le rôle essentiel des RASED. Les trois champs professionnels qui les constituent sont tout à fait complémentaires pour pallier la grande difficulté scolaire ; de plus, la pertinence de cette expertise professionnelle est d’autant plus cruciale dans un contexte social et scolaire très marqué par la pandémie et les conséquences du premier confinement.

Malheureusement, le ministère a donné peu de réponses aux questions ou aux difficultés évoquées. Il n’entend pas reconnaître les atteintes portées aux RASED dans le but de rediriger l’argent public vers des priorités autres que l’intérêt des enfants en difficultés.
De plus, alors que plus que jamais, beaucoup d’enfants ont besoin de ces personnels spécialisés, la hiérarchie de l’Éducation nationale pousse au dévoiement de leurs missions pour tenter de masquer l’impréparation de l’institution face à la situation sanitaire.

Des retours en provenance de plus d’une vingtaine de départements révèlent en effet que la hiérarchie sollicite des collègues enseignant·e·s du RASED pour effectuer des remplacements. Même si certaines des demandes sont orales et se font sur la base du volontariat, dans de nombreux cas, les pressions de la hiérarchie sont très fortes. Elles vont jusqu’à prendre la forme d’injonctions sans cadre réglementaire – comme exiger un changement d’affectation géographique, sans procédure administrative et au mépris des conséquences pour les collègues en cas d’accident.

Dans tous les cas, il n’est pas dans les missions des collègues du RASED de remplacer des enseignant·e·s absent·e·s. Les missions des personnels des RASED sont cadrées par la circulaire 2014-107 du 8 août 2014 et concernent exclusivement la lutte contre la grande difficulté scolaire. Le manque de remplaçant·e·s est de la responsabilité de l’institution, le ministère attribuant une dotation en postes très insuffisante au premier degré par rapport à ses besoins réels.

Le ministère ne reconnaît pas vraiment le dévoiement des missions qui est à l’œuvre, et prétend qu’il n’y a là aucun mépris pour les personnels : selon lui, il s’agit de répondre au contexte d’urgence dans certaines organisations locales ! Il refuse par conséquent d’adresser une note aux DASEN [2], pour rappeler les missions réelles des enseignant·e·s et psychologues du RASED.

Mais les missions du RASED sont-elles bien claires pour le ministère ?

Nous parlons de grande difficulté scolaire, on nous répond « handicap »

En effet, lors de l’audience, le ministère a semblé se désintéresser de la difficulté scolaire et de l’enseignement adapté : sa politique de l’école dite « inclusive » ne s’adresse plus qu’aux élèves en situation de handicap, en laissant sur le bord du chemin tou·te·s les autres ; les besoins de ces élèves et des équipes sur le terrain sont ainsi ignorés.

Nous parlons du RASED, on nous répond « PIAL »

Outre la communication officielle qui se centre quasi exclusivement sur le handicap, les réponses renvoient à plusieurs reprises sur la mise en œuvre des PIAL [3] et leur évolution, sur la professionnalisation des AESH [4], et leur adaptation à l’accompagnement de tou·te·s les élèves... y compris ceux ne relevant pas du handicap ! Encore cette confusion entre handicap et difficulté scolaire...

Nous parlons de carte scolaire, on nous dit... qu’« on y réfléchit »

Aux demandes de création de postes, pour répondre aux besoins des élèves et des équipes et éviter une externalisation et une médicalisation de la difficulté, il est répondu qu’il n’est pas envisagé de créer des postes RASED car « les chantiers en cours sont nombreux »… mais lorsque les organisations demandent à avoir accès aux chiffres, pour plus de transparence, la réponse reste en suspens.

Nous parlons de formation CAPPEI, on nous dit que « ce serait bien » mais que « c’est compliqué »

Concernant les demandes de départs en formation CAPPEI dans les dominantes pédagogiques et relationnelles, le ministère affirme qu’elles sont toujours d’actualité et qu’« il est nécessaire qu’il y en ait plus dès l’an prochain ». Le Collectif demande des actes forts sur ce thème comme sur d’autres et non de vagues promesses mais aucune précision n’est donnée.

Pourtant le ministère dit qu’il reconnaît que le travail des RASED n’est pas assez valorisé au sein de l’école inclusive et que l’Éducation nationale ne peut s’en passer. Mais avec quelle considération pour les personnels, et pour quelles missions ?

Pour le Collectif National RASED, dont fait partie SUD éducation, l’aide directe aux élèves en grande difficulté scolaire demeure le cœur de métier. Le rôle de personne-ressource ne se conçoit que comme un travail partenarial destiné à faire évoluer positivement la situation des élèves concerné·e·s – en définissant ensemble la cohérence de leur suivi. Mais faudrait-il déjà que les RASED soient complets et en nombre suffisant. L’action contre la grande difficulté scolaire ne peut être dissoute dans un supposé « pôle-ressource », et encore moins dans les PIAL comme l’a sous-entendu le ministère !

Le Collectif National RASED déplore la piètre qualité de cette audience ministérielle qui ne fait que mettre en lumière l’impréparation, la confusion et la méconnaissance de la hiérachie à propos des missions du RASED, et le mépris du professionalisme de ses personnels.

L’intersyndicale nationale CGT – SE-UNSA - SGEN-CFDT – SNPI-FSU – SNUipp-FSU – SUD éducation-Solidaires et les élu·e·s des personnels peuvent intervenir pour aider à résister à ces « propositions » de remplacement.

Il est également possible de soutenir le RASED et ses personnels au moyen de motions en Conseil d’École ou Conseil des Maître·sse·s.

Ci-dessous un exemple de motion relative aux injonctions au remplacement.


Adresse du Conseil d’École de… à l’Inspecteur/trice de l’Education Nationale de la circonscription...

Madame l’Inspectrice de l’Education Nationale / Monsieur l’Inspecteur de l’Education Nationale,

Des enseignant-e-s du RASED ont fait l’objet de votre part de sollicitations pour effectuer des remplacements d’enseignant-se-s absent-e-s. S’il est important de remplacer ces enseignant-e-s, ce n’est en aucun cas le rôle des personnels du RASED. Nous refusons de mettre en concurrence des élèves qui n’ont pas d’enseignant-e et d’autres qui n’auraient plus d’aides spécialisés.

En cette période compliquée, plus que jamais, des élèves ont besoin de l’intervention et du soutien des personnels des RASED.

Leur proposer de faire autre chose est injustifiable.

Nous vous demandons donc de cesser ces sollicitations et ces pressions et de laisser les collègues des RASED exercer sereinement leur métier.

Veuillez agréer, M ou Mme l’IEN, l’expression de nos sentiments dévoués au service public de l’éducation nationale


Alerte RASED - Communiqué de la fédération SUD éducation

Depuis leur création en 1990, les RASED sont à la croisée des chemins d’une école réellement inclusive.

Personnels de terrain intégrés aux équipes éducatives, les membres des RASED apportent leur éclairage, leurs connaissances et leurs pratiques spécifiques à l’analyse et à l’accompagnement des situations les plus difficiles : grande difficulté scolaire, mal-être infantile, comportements inadaptés ou perturbateurs, etc... Chaque jour, aux côtés des collègues, des familles, des élèves.

Sous la présidence Sarkozy, la suppression massive de postes (1/3 des effectifs) avait déjà fortement dégradé le fonctionnement des réseaux. Les fondements idéologiques qui régissent la gouvernance actuelle de l’Éducation Nationale ne font qu’aggraver davantage cette situation.

Alors oui, quand les enseignant·e·s qui devraient être spécialisé·e·s ne sont plus formé·e·ss et qu’ils-elles sont en nombre insuffisant, il est plus aisé d’affirmer que les RASED ne servent finalement à rien et qu’il vaut mieux les supprimer.

Triste manœuvre, grossière et malhonnête.

Avec la crise que nous traversons, le discours médiatique au sein du Ministère de l’Éducation Nationale s’est orienté vers des considérations « sociales » (sic). Les élèves décrocheurs, déconnectés, en difficulté, les familles fragiles et fragilisées. Or les missions des RASED sont dédiées à l’accompagnement de ce public.

Mais depuis plusieurs années, il est de plus en plus difficile d’exercer pleinement ces missions : diminutions des moyens, détournement des fonctions, personnels en sous-effectifs, secteur d’intervention trop larges, nombre d’élèves par secteur trop important, remboursement partiel des frais de déplacement, absence de formation… Et alors même que les RASED auraient dû voir leur nombre augmenter, celui-ci reste au mieux et en moyenne à effectif constant, avec une tendance à la baisse.

Les suppressions de postes à la rentrée 2020 ? « Une exception » d’après notre Ministre, un chiffre négligeable... pour des personnels négligés.

Si le ministre peut parfois insister sur le rôle primordial des psychologues, dans la cadre de la recherche d’une « résilience », et qu’ il est heureux qu’il reconnaisse enfin l’importance de leur travail et de leurs missions spécifiques, il serait alors de bon ton de leur donner les moyens d’assurer leurs missions. Au sein des RASED, mais aussi dans le second degré où ils sont en nombre chimérique ou dans les CIO qui ont, pour la plupart, fermés…

L’intérêt de Blanquer pour les neurosciences n’est sans doute pas dénué de lien avec la tendance à la médicalisation et à l’externalisation de la prise en charge des élèves aux profils spécifiques. Il n’est en effet pas rare de voir des élèves, relevant de la difficulté scolaire mais n’ayant pu être accompagnés efficacement faute de moyens, « glisser » vers le champ du handicap alors même qu’ils n’auraient jamais dû en relever.

Et allons-y ! Ensuite vient la valse des consultations et suivis en libéral - souvent non remboursés et détachés du cadre scolaire, sans prise en compte de l’enfant dans sa globalité. Cette dérive tend à nier le travail d’adaptation des personnels spécialisés, à tout médicaliser et à externaliser le traitement de la difficulté scolaire.

Est-ce donc cela que le ministre appelle « école inclusive » ?

Une école qui ne donne pas les moyens à tous les élèves de réussir à leur rythme, qui supprime petit à petit les aides existantes et propose de les externaliser hors de l’école, qui creuse les inégalités sociales et territoriales, qui standardise et normalise les attendus par le biais d’une évaluationnite aiguë, qui abandonne les enseignant·e·s et les laisse se débrouiller seul·e·s face à des situations de plus en plus complexes et difficiles…

A votre tour d’être « résilient » M. Blanquer et de reconnaître que votre idée de l’école est excluante ! Les personnels exerçant en RASED ne peuvent que dénoncer le mépris de l’institution face à leurs missions et s’inquiéter des perspectives à moyen terme.

Nous ne devons pas laisser Blanquer rédiger pour les RASED la chronique d’une mort annoncée.

C’est pourquoi SUD Éducation appelle l’ensemble des personnels à se mobiliser pour la défense des RASED, dans le cadre d’un réel plan d’urgence pour l’école, en restant informé et vigilant, en déposant des motions en Conseil d’École, en communiquant auprès des familles :

  • pour des créations massives de postes de RASED dans les trois spécialités ;
  • pour un accès renforcé à la formation initiale et continue ;
  • pour le respect des missions spécifiques des membres des RASED ;
  • pour une école réellement inclusive.

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- Communiqué du Collectif National RASED – Audience au ministère (19/01/21)
- Cher·e·s collègues des RASED, adresse intersyndicale aux Conseils d’École (19/01/21)
- Alerte RASEDCommuniqué de la fédération SUD éducation

À (re)lire aussi
- Des moyens pour les RASED : une urgence – Communiqué de presse intersyndical (11/10/20)
- Toutes et tous en grève le 26 janvier

Notes

[1Les réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté regroupent des enseignant·e·s spécialisé·e·s et des psychologues, qui dispensent des aides spécialisées aux élèves d’écoles maternelles et élémentaires en grande difficulté. Selon le site du ministère, « leur travail spécifique, complémentaire de celui des enseignant·e·s dans les classes, permet d’apporter en équipe une meilleure réponse aux difficultés d’apprentissage et d’adaptation aux exigences scolaires qu’éprouvent certains élèves ». Les choix du ministre sont pourtant à l’opposé d’une reconnaissance des métiers du RASED...

[2Les Directeurs/trices académiques des Services de l’Éducation nationale, pourtant responsables comme supérieur·e·s hiérarchiques des injonctions non réglementaires proférées par certaines inspections de circonscriptions.

[3Pôles inclusifs à accompagnement localisé.

[4Accompagnant·e d’élèves en situation de handicap.