Des nouvelles de la jeune section SUD éduc’ Nord de l’université de Lille

(actualisé le )

Dans la foulée des importantes mobilisations de fin 2019 et début 2020, contre la réforme des retraites et la Loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), plusieurs membres du personnel de l’Université de Lille ont souhaité créer une section syndicale de SUD éducation Nord dans notre établissement, qui compte environ 7000 agents et 70 000 étudiant·e·s répartis sur plusieurs sites. La section Université de Lille de SUD éducation Nord donne aujourd’hui de ses nouvelles.


La nouvelle section a ainsi vu le jour en mars 2020 et compte déjà une petite trentaine d’adhérent·e·s, issu·e·s des différents métiers et statuts qui composent l’université (personnels BIATSS- bibliothèques, ingénieurs, administratifs, techniques, sociaux et de santé, enseignant·e·s, chercheur·e·s, doctorant·e·s...), et réparti·e·s sur les différents sites. 

Il faut dire que les enjeux de mobilisation à l’Université de Lille et dans l’Enseignement supérieur et la recherche (ESR) sont nombreux, avec une accélération des "contre-réformes" imposées ces dernières années, qui menacent les principes fondateurs de l’Université publique, telle qu’elle s’est reconstruite après la Seconde Guerre mondiale et développée au début des années 1980. 

Les enjeux auxquels nous sommes confrontés : une série de contre-réformes néo-libérales violentes

Si les personnels de l’ESR sont concerné·e·s comme les collègues des autres degrés par les attaques sur leur statut (réforme des retraites) et par une diminution constante de leurs moyens (à comparer avec l’augmentation importante des effectifs d’étudiant·e·s ces dernières décennies), ils et elles font actuellement face à l’adoption forcée et non démocratique de mesures qui remettent en cause le sens même de leurs métiers et accroîtra encore un peu plus la précarité déjà très importante dans le supérieur. 

Dans la continuité de la - mal-nommée - Loi relative aux responsabilité et aux libertés des universités (LRU) de 2007, qui a renforcé la présidentialisation de nos établissements, la dépendance aux financements par projets et le désengagement de l’Etat, la Loi de programmation de la recherche (LPPR, devenue LPR), que vient d’adopter la Commission mixte paritaire du Parlement, fait peser de nombreuses menaces sur nos métiers et l’exercice de nos missions (en matière de recherche et d’enseignement). Contrairement aux déclarations mensongères de la ministre, elle ne répond en rien aux besoins criants de refinancement de l’ESR. 

Malgré un niveau de mobilisation inédit, sur le plan local comme national lors de la journée du 5 mars 2020 ("L’université s’arrête"), malgré l’opposition quasi-unanime des personnels et de leurs organisations représentatives siégeant dans les différences instances, malgré l’avis critique unanime (fait rare) exprimé par le Conseil économique, social et environnemental, la ministre F. Vidal, épigone de J.-M. Blanquer dans l’ESR, avance à marche forcée. En créant de nouvelles "chaires" de professeurs junior - attribuées hors de tout contrôle des pairs -, en généralisant le recours à des contrats précaires pour les enseignant·e·s en début de carrière (les "contrats de projet"), en multipliant les dispositifs de mise en concurrence des universités en même temps que les "passe-droits" clientélistes dans la gestion des carrières, la ministre piétine 70 ans d’université et de recherche publique et démocratique et s’attaque aux statuts des enseignant·e·s chercheur·e·s (décret du 6 juin 1984) 

L’examen parlementaire du projet loi, mascarade démocratique en plein confinement et devant de chétives assemblées, a encore accentué les craintes des personnels de l’ESR, les députés droitiers des Républicains ajoutant même, avec la complicité du ministère, des amendements scélérats, remettant en cause pour l’un les séculaires "franchises universitaires" (en créant un "délit d’entrave" passible de 3 ans prison...) et pour l’autre le principe de collégialité disciplinaire dans l’évaluation des carrières, en réduisant sensiblement le rôle du Conseil national des Universités (CNU), instance pourtant légitime dans laquelle siège des collègues élu·e·s par leurs pairs...

La direction de l’université de Lille : "En marche, toute ! " 

Si les enjeux de mobilisation au niveau national sont nombreux, les personnels de l’Université de Lille doivent aussi composer (effet de la LRU..), avec une direction locale particulièrement "en pointe" dans la déclinaison des contre-réformes nationales.

La gestion de la crise sanitaire, comme dans l’Education nationale, y a été particulièrement déplorable, marquée par un savant mélange d’improvisation et d’autoritarisme, mettant les nerfs des collègues et des étudiant·e·s à rude épreuve... Ainsi, les annonces présidentielles nationales sont-elles rituellement reprises (le lendemain matin même), dans un message de notre président d’Université "à tous les personnels", trahissant une soumission totale aux injonctions venues d’en haut et une incapacité à porter les demandes et intérêts des membres de la communauté. Pour l’autonomie, on repassera ! Misères du présidentialisme à tous les étages, les travailleurs de l’Université n’ont été à aucun moment consulté·e·s ou associé·e·s réellement à l’organisation chaotique de la rentrée, qui s’est traduite quelques semaines plus tard par un reconfinement total, aux effets dévastateurs sur les personnels et les étudiant·e·s...

Les personnels ne sont pas plus consultés sur le "grand projet" de création d’un Etablissement public expérimental (EPE), à travers lequel l’Université de Lille anticipe les exigences du gouvernement en matière de "regroupements". Alors même que la crise sanitaire concentre toutes nos énergies, notre exécutif avance lui aussi à "marche forcée" dans son projet de fusion avec plusieurs "grandes écoles" (Sciences Po Lille, Centrale, ESJ..), faisant craindre des risques importants pour certains services déjà rudement éprouvés par la fusion des trois universités, il y a à peine plus de deux ans, et sur laquelle aucune évaluation sérieuse n’a été conduite. Les inquiétudes sont grandes concernant les conditions de travail des personnels BIATSS, les inégalités dans les services aux étudiant·e·s, le montant des droits de scolarité, ou encore le pilotage de ce "grand machin", par un conseil où les "personnalités extérieures" nommées seront désormais aussi nombreuses que les représentant·e·s élu·e·s de la communauté universitaire...

Alors comment essaye-t-on de résister à tout cela ? 

En dépit du premier confinement, qui a coïncidé avec sa création, en dépit des nombreuses contraintes qui pèsent sur chacun.e d’entre nous, la section a entrepris un certain nombre d’actions et d’interpellations relatives aux conditions - imprécises et variables - du télétravail, à la précarité étudiante ou encore aux examens à distance (soutenant notamment une démarche contentieuse de Solidaires étudiant·e·s contre l’Université de Lille). 

La section entend à la fois renforcer son rôle dans le soutien et la défense des personnels (les sollicitations étant déjà assez nombreuses) et participer, avec les autres OS, à un renouvellement de l’action collective au sein de l’Université. 

Mardi 24 novembre, à l’initiative d’une intersyndicale avec nos camarades de la CGT et de la FSU, s’est tenue notre première assemblée générale "à distance". En dépit de nos appréhensions, cette première assemblée générale co-animée a été, de l’avis de tou·te·s, un très beau succès. Plus de 220 collègues y ont participé, sur l’heure du midi, et les interventions ont été riches et nombreuses. 

Une motion a été adoptée à la quasi unanimité à l’issue de l’AG, qui sera diffusée largement dans les prochains jours, ainsi que le principe d’exiger de la direction de l’université que les personnels soient consultés par référendum sur le projet d’EPE.
Si l’Université n’accède pas à cette demande légitime, l’intersyndicale organisera elle-même la consultation de tous les personnels et communiquera largement sur cette démarche et le résultat de cette consultation, comme cela a été récemment fait à Lyon où les personnels ont rejeté très majoritairement un projet similaire (ce qui a entraîné son rejet par le CA de l’un des établissements et donc l’arrêt complet du projet !).

Il est plus que temps que nous reprenions le contrôle de nos métiers et de nos vies, et que nous ne laissions plus les idéologues néo-libéraux et leurs serviteurs zélés saccager notre université, service public de formation et de recherche, bien commun indispensable au bon fonctionnement de notre démocratie et dont notre région a cruellement besoin. 


À (re)lire aussi
- Faire revivre l’université : appel à rouvrir et réinvestir les campus (fédération SUD éducation, 28/11/20)
- Non à la LPR (SUD éducation Nord, 23/11/20) !