Compte rendu de l’audience intersyndicale du 24 juin

(actualisé le )

Suite à l’appel à rassemblement de l’intersyndicale académique AD - CGT - FO - SUNDEP - SUD, la rectrice a reçu une délégation de représentant·e·s. SUD éducation y était. La délégation a porté la voix des personnels : compte rendu.


L’appel à rassemblement le 24 juin et la demande d’audience AD-CGT-FO-SUNDEP-SUD

Le rassemblement à l’appel de l’intersyndicale AD-CGT-FO-SUNDEP-SUD éducation Nord et Ps-de-Calais a été plutôt réussi. Une autre organisation, la FSU, a finalement décidé de se joindre à l’appel également. Une délégation intersyndicale a pu entrer dans le rectorat pour porter les revendications des personnes rassemblées.

La réunion a débuté dans une ambiance plutôt cordiale et franche. Les camarades présent·e·s représentaient les diverses organisations syndicales (CGT, FO, AD-CFE/CGC, SUNDEP-Solidaires et SUD éducation Nord et Pas-de-Calais).

Elle s’est ouverte sur l’expression de vive voix des préoccupations exprimées par les personnels, et un bilan sans complaisance de trois mois de confinement pour les personnels de l’Éducation.

De très nombreux sujets ont pu être abordés par les représentant·e·s à l’audience des personnels de l’académie :

  • la médecine de prévention du rectorat, parent pauvre de l’Éducation nationale, qui est restée fermée alors que le rectorat affirmait la mise en place d’un accompagnement des personnels au plus proche dans le cadre de la reprise – comme SUD éducation l’a dénoncé, y compris en CAPA. La délégation a insisté sur la nécessiter de la réhabiliter et de la renforcer en prévision de situations sanitaires futures, comme au quotidien ;
  • les tests et dépistages à amplifier et à élargir à l’ensemble des personnels, comme celle des équipements qui ont été insuffisants voire absents dans plusieurs établissements ;
  • la situation dégradée des précaires de l’Éducation nationale : revendication d’un vrai statut pour les AESH et d’une meilleure rémunération, opposition à la banalisation des recrutements d’enseignant·e·s en contrat précaire au détriment d’un recrutement massif d’enseignant·e·s ;
  • la dénonciation de la suppression annoncée des CHCST [1] et des CAP [2], dont l’utilité n’est plus à démontrer ;
  • le prof-bashing, et la dénonciation du soutien effectif que lui a apporté le ministre – en cautionnant en personne la supposée existence de « profs décrocheurs », au mépris de tout le travail effectué  [3] !
  • les pressions exercées sur de nombreux/ses collègues dans leurs établissements respectifs, face à une « délocalisation » des décisions laissant aux chef·fe·s le loisir de toute décision autoritaire à leur fantaisie, à l’heure d’injonctions contradictoires, et la répression ;
  • le mépris de plus en plus explicite et la surdité inquiétante de la hiérarchie face au désarroi des personnels laissés en rade pendant plusieurs semaines sans directives claires ;
  • le refus du projet de loi tendant à créer un statut pour la direction d’école, ouverture d’un échelon hiérarchique supplémentaire et dans le même temps une surcharge supplémentaire pour les collègues directeurs/trices ;
  • la nécessaire revalorisation des salaires avec un point d’indice bloqué depuis 10 ans, ce qui empêche toute hausse et qui contribue aussi au peu d’attractivité de l’enseignement ;
  • le refus du maintien des 2S2C, qui soulèvent beaucoup d’inquiétudes pour l’avenir du service public d’éducation (remplacement de professionnels enseignant·e·s par des intervenant·e·s) avec sa dérive vers une forme de « sous-traitance » ;
  • l’inquiétante mise en concurrence entre les organismes de formation du privé et l’Éducation nationale, concurrence organisée de façon délibérée sous l’égide du ministère ;
  • la nécessité de recruter massivement des personnels de toutes catégories [4], afin de s’adapter à la situation inédite que crée la pandémie ; des effectifs réduits sont indispensables pour pallier l’explosion des inégalités scolaires pendant le confinement, et permettre le strict respect des conditions sanitaires dans un contexte qui risque de perdurer.

La rectrice a évidemment tenu à scinder les revendications et demandes en deux blocs : celles qui relèvent de sa compétence (locale), et celles qui relèvent selon elle du niveau national. Pour ces dernières, elle a indiqué immédiatement ne pouvoir apporter aucune réponse. Rien n’a indiqué non plus qu’elle allait relayer nos revendications auprès de son autorité de tutelle.

Selon madame la rectrice, « beaucoup de choses se sont passées entre le 13 mars et la fin du confinement ». Mais elle n’a rien précisé de plus à ce sujet…

Elle considère ceci dit qu’il faudra prévoir un autre ou d’autres confinements à l’avenir tant qu’un vaccin n’est pas trouvé, même si elle pense que le travail distanciel « n’est pas la panacée ».

Il faut donc selon elle une réflexion sur « comment équiper les élèves, les professeur·e·s, les établissements. La question du coût (équipement, formation, suivi de formation pour les personnels qui ont des difficultés avec l’outil informatique) a été évoquée… mais aucune piste n’a été dégagée. S’agit-il d’un engagement, d’un programme, d’une piste ? On n’en saura pas davantage. Pour quelqu’un qui ne voulait évoquer que les sujets locaux, on a pu reconnaître ici une traduction de l’une des sorties récentes du ministre, qui a le projet d’élargir encore notre charge de travail par la banalisation d’un cumul distanciel-présentiel, et la production de contenus que l’institution pourra ensuite piller.

Selon Madame la rectrice, malgré tout, le « télétravail » était nécessaire car « comment aurait-on pu faire autrement ? » Mais elle considère qu’il ne s’agissait pas de télé-travail… mais de « continuité pédagogique ». Outre que l’on est bien loin d’une « continuité » (il s’agit tout au plus d’un « suivi » ou d’une « veille pédagogique »), cette nouvelle position rectorale est assez inquiétante, en réalité : en effet, des chef·fe·s d’établissement ont refusé localement l’exercice du droit de retrait de personnels au prétexte de leur mise en position de télétravail ; mais ce n’est pas une « position administrative » officielle puisque celui-ci est sur la base du volontariat. Le flou de la position administrative perdure, et devient le prétexte à une banalisation de l’’engagement impressionnant des personnels de terrain. Cela ressemble à une simple question de vocabulaire, mais ce n’est pas du tout anodin !

Alors que le sujet du prof-bashing était abordé, les personnels n’ont pas eu droit à des remerciements de l’institution pour leur engagement ; la rectrice s’est contentée de laisser entendre qu’elle avait eu « des retours très positifs de la part des parents d’élèves » concernant le travail des enseignant·e·s (et rien à propos du travail des autres personnels ?). Les retours « négatifs » étaient très isolés [5], c’est l’un des « aspects positifs de la crise ». La crise comme opération de comm’ pour l’institution scolaire, donc, mais aucune reconnaissance pour les personnels !

Madame la rectrice affirme néanmoins être d’accord avec l’idée d’une revalorisation des salaires... mais les choses se passent seulement au niveau national, malheureusement [6]. Elle dit tomber également d’accord avec l’organisation d’une « meilleure communication » entre ses services et les enseignant·e·s en demande de clarifications sur des aspects particuliers des différentes directives. Mais pas un mot sur la communication calamiteuse du ministre et de ses conseillers qui s’adressaient aux enseignant·e·s uniquement et par médias interposés.

Sur les conditions de travail à partir du 22 juin, même si selon elle les conditions sanitaires doivent être scrupuleusement respectées par les chefs d’établissement, « le dépistage systématique n’a aucun sens » car on peut être « négatif un jour et positif le lendemain ». C’est sans doute une question de hasard, il n’y a visiblement pas de risque accru avec la promiscuité selon Mme la rectrice ; ahurissant. Dès que des cas se présenteront, il faudra s’habituer à voir des établissements fermer ou rouvrir selon la situation…

La rectrice insiste sur l’importance de la reprise : le caractère très hétérogène des effectifs s’est accentué par le long confinement. Mais elle ne va pas plus loin : aucun mot sur les inégalités générées, elle évoque seulement comme juste en passant la nécessité d’aide personnalisée pour les élèves en difficultés.

Quant aux 2S2C prévus dans un avenir proche, ils sont à mettre en relation avec les demi-groupes pratiqués dans certains établissements : cela pose des problèmes pratiques. Il n’y aurait pas de généralisation en vue, selon elle. Bref, le ministre produit du vent ? Méfiance, donc.

Enfin, madame la rectrice a conclu en évoquant pour la seconde fois la nécessité d’accompagner les enseignant·e·s qui ont des difficultés avec le numérique : il faudra « de la formation et de l’écoute ». Des remontées de situations individuelles seront nécessaires. Attention ! Sous-couvert de bienveillance, notez au passage une nouvelle possibilité de pression hiérarchique et de « tri » entre les enseignant·e·s performant·e·s et les autres. Soyez vigilant·e·s.

Quoi qu’il en soit, si vous avez bien suivi tout ça, madame la rectrice a entendu les remontées du terrain, nos revendications et nos demandes, mais cela ne changera pas grand-chose à l’agenda. On a eu droit à une écoute « bienveillante ». Mais ça s’arrête là. En conclusion, la rectrice a promis de rencontrer les syndicats de nouveau le 2 juillet, histoire de tirer un bilan plus exhaustif de l’année scolaire en cours.

- L’appel à rassemblement et la demande d’audience
- Mise à jour : devant le CSE, SUD éducation demande un plan d’urgence pour l’Éducation nationale

Notes

[1Commissions hygiène, sécurité et conditions de travail, habilitées à interpeller l’administration pour protéger la santé physique et psychique des personnels – un véritable outil de protection, qui s’est développé tardivement dans l’Éducation nationale et encore sous-utilisé, mais que le gouvernement veut faire disparaître en raison de son efficacité pour dénoncer les mises en danger de personnels.

[2Commissions administratives paritaires – les opérations relatives à la carrière et aux mutations ont cette année pris un tour beaucoup plus opaque, l’arbitraire de l’administration explose !

[3Rappelons que le télé-travail se fait selon la réglementation sur la base du volontariat et à condition que l’administration fournisse les outils et règles les coûts financiers.

[5On reconnaît là un jalon typique de la hiérarchie pour justifier de s’en prendre quand même à quelques personnels...

[6Quel dommage qu’elle ne soit pas ministre alors...mais au fait, ce n’est pas entièrement vrai pour les personnels en contrat précaire…