Parcoursup, ça suffit !

De nombreux candidat·e·s qui pensaient avoir obtenu certains vœux ont découvert avec angoisse qu’elles et ils étaient en réalité mis·e·s en attente. Ce récent épisode de l’aveuglement idéologique ministériel vient s’ajouter à la situation dramatique des candidat·e·s aux IFSI : décidément Parcoursup, outil de tri social au service de la reproduction des élites comme des économies budgétaires, fait subir bien des violences aux lycéen·ne·s : abrogation !


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Faux OUI

Cette année, le ministère de l’Enseignement supérieur n’a pas communiqué de « tableau de bord » des indicateurs de Parcoursup, permettant de savoir combien de candidat·e·s avaient reçu au moins une réponse positive à l’ouverture de la plate-forme. Et pour cause ! Il jugeait qu’encore trop de « oui » avaient été envoyés... Le vendredi 17 mai, les candidat·e·s à 409 formations ont découvert que des « oui » qu’ils et elles avaient reçus antérieurement s’étaient transformés en rangs sur des listes d’attente.

Les dossiers complets des candidat·e·s à ces formations ont alors été bloqués, puis rétablis en fonction de leurs rangs de classement dans chacune des filières demandées. Celles et ceux qui avaient renoncé à d’autres vœux pour accepter ces faux « oui » sont censé·e·s récupérer ces vœux et leur rang de classement initial.


Incompétences ministérielles en cascade

Le gouvernement assure que le « principe d’équité » est garanti pour tou·te·s les candidat·e·s (mais il ne se risque même plus à parler d’« égalité »). Rien n’est moins sûr. Le gouvernement diffuse des paroles rassurantes mais les conséquences de ce « bug » pourraient concerner encore plus de candidat·e·s. Quand un·e candidat·e, croyant être accepté·e, a refusé d’autres formations, d’autres élèves ont pu accéder à des places dans celles-ci : ces places sont-elles en fait perdues par le rétablissement des premier·e·s dans leurs vœux ? Silence à ce sujet.

Le dispositif Parcoursup engendre énormément d’angoisse chez les candidat·e·s et leurs familles. Par son incompétence et ses revirements, le gouvernement ajoute de la torture à la torture. Il a fait miroiter des places à des élèves qui se sont cru·e·s sauvé·e·s, puis a annoncé que ces places leur étaient retirées ! N’oublions pas que tout ceci a lieu avant les épreuves de baccalauréat, dont certaines commencent la semaine prochaine.

Ce gouvernement qui entend imposer l’ « exemplarité » (article 1 du projet de loi pour une « école de la confiance ») se montre irresponsable. Il fait désormais reposer sur le personnel et les élèves la gestion des conséquences de son incompétence. En effet, les directeurs de cabinet des deux ministres ont expliqué : « un accompagnement de ces élèves et de leur famille est indispensable. Votre rôle ainsi que celui des professeurs principaux est essentiel pour les rassurer (...). Il est également important de leur préciser que l’équité de traitement des candidats est garantie grâce à cette opération. » La ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, quant à elle, a invoqué dans son communiqué du 17 mai la solidarité entre les candidat·e·s : c’est selon elle l’acceptation ou le refus de places par des candidat·e·s qui permet d’en proposer à d’autres… un bel oubli sur la responsabilité budgétaire de l’État dans l’ouverture de places ou la fermeture de filières. Novlangue partout, égalité nulle part !


Des postures idéologiques qui violentent les lycéen·ne·s et étudiant·e·s

Ces déclarations ministérielles cachent mal la vérité sur Parcoursup : il s’agit bien de massifier le tri social à tous les niveaux de l’institution scolaire, au profit de la reproduction sociale d’une certaine élite. L’ensemble de la population n’intéresse pas le gouvernement. Le projet d’école Blanquer, c’est donner ce qu’il y a de mieux à celles et ceux qui ont déjà les meilleures conditions. La réforme des lycées, avec l’opacité concernant les filières et l’ultra-concurrence entre établissements comme entre élèves, est symptomatique de cet objectif politique.


Situation dramatique pour les candidat·e·s aux IFSI

La situation des candidat·e·s aux écoles d’infirmier·e·s (IFSI) est à ce sujet dramatiquement éclairante.

En 2018, le gouvernement a discrètement profité de la réforme Parcoursup pour supprimer les concours d’entrée en IFSI, c’est-à-dire dans les écoles d’infirmier·e·s, et les remplacer par une procédure sélective d’admission par le biais de la plateforme... pour 2019 seulement, sans proposer d’alternative aux élèves de terminale de 2018 qui se préparaient à cette voie... Un choix cynique dont les conséquences dramatiques apparaissent aujourd’hui.

Avant Parcoursup, on entrait en IFSI sur concours. En 2018, en plein mois de juillet, le gouvernement a subitement supprimé ces concours et reporté d’un an les admissions, par le biais de l’édition 2019 de Parcoursup. Conséquence : les candidat·e·s de 2018 qui avaient obtenu, souvent par Parcoursup, une place dans une formation préparant à ces concours s’y sont retrouvé·e·s affecté·e·s sans concours à passer, sans possibilité de réorientation, avec une année blanche à la clé.

En 2019, ils et elles ont été obligé·e·s à recommencer toute la procédure Parcoursup, et mis en concurrence avec tou·te·s les candidat·e·s en terminale en 2018 ! Ceci, sans création de places suffisantes, et sans compter que, la barrière du concours ayant disparu, beaucoup plus d’élèves se sont orienté-e-s vers cette voie, en tentant leur chance via l’algorithme. D’où un engorgement sans précédent des candidatures en IFSI, qui pose des questions sur les critères de sélection permettant de départager autant de dossiers.

Par exemple dans l’académie, les étudiant·e·s de la prépa IFSI du lycée Valentine Labbé de La Madeleine en ont ainsi fait les frais. Tant qu’il s’agissait d’une préparation au concours, 50 % des élèves issu·e·s de lycée professionnel qui suivaient l’intégralité de la préparation et 100 % des candidat·e·s issu·e·s de lycée technologique obtenaient leur passe d’entrée en IFSI. Cette année, avec Parcoursup, 100 % des candidat·e·s de la préparation IFSI du lycée Valentine Labbé sont… en attente, pour la plupart très loin dans la liste ! De quoi engendrer une angoisse certaine pour des jeunes qui sont allé·e·s jusqu’à abandonner leur bourse pour pouvoir mieux se préparer à entrer en école d’infirmier·e·s.

Cela pose une autre question. Ces élèves admis·e·s en prépa IFSI, après sélection de leur dossier, étaient dans leur grande majorité issu·e·s de baccalauréat ST2S [1] (à Valentine Labbé un quart d’entre elles et eux étant issu·e·s d’un baccalauréat professionnel ASSP [2], et quelques un·e·s d’autres baccalauréats), filière à priori idéale pour devenir infirmier·e. Si Parcoursup n’affecte plus ces élèves en IFSI, que va-t-on dire aux élèves actuellement scolarisé·e·s en 1ère ST2S, et qui ont choisi cette filière précisément en raison de leur vocation pour ce métier de soignant·e ? Là encore il s’agit de tri social, les places en IFSI semblant bien être attribuées en priorité à des candidat·e·s des voies générales.


Contre ces choix politiques lamentables, mobilisons-nous !

Ce sont les personnels de l’Éducation qui ont aujourd’hui à accueillir et rassurer des élèves sacrifié·e·s et se mobilisent pour l’égalité du droit à l’éducation, suite aux incompétences et à l’idéologie ministérielles. Celles-ci font brutalement subir aux candidat·e·s des choix politiques pris sans considération des intérêts des usager·e·s.

C’est pourquoi nous continuerons à combattre ce processus de tri social ! SUD éducation refuse toute forme de sélection, qu’elle se fasse par Parcoursup ou par l’argent, comme dans le cas de l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiant.e.s étranger-e-s extra-communautaires.

SUD éducation revendique un financement public à hauteur des besoins pour l’éducation, le recrutement de personnel titulaire et la création de places pour permettre l’accès de chaque candidat·e à la filière de son choix.

SUD éducation appelle les personnels, de la maternelle à l’université, à combattre l’école du tri social dans la rue et par la grève, et à mettre en débat la grève des examens.


- Des « oui » qui deviennent des « en attente », communiqué de la fédération SUD éducation (17/05/19)
- Parcoursup, le cas dramatique des IFSI, communiqué de la fédération SUD éducation (17/05/19)
- Parcoursup 2019, une aggravation de la situation, communiqué de la fédération (17/05/19)
- Non Parcoursup n’a pas changé en 2019, communiqué de la fédération SUD éducation (13/03/19)
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PS - Solidaires étudiant·e·s a créé un formulaire en ligne de recours (cliquez sur l’image pour y accéder).

Notes

[1Sciences et Technologies de la Santé et du Social.

[2Accompagnement, Soins et Services à la Personne.