Après les CUI, l’académie de Lille a trouvé encore moins cher ! Le service civique, nouvel avatar de la précarité

(actualisé le )


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À l’heure où de très nombreux contrats aidés ne sont pas renouvelés par le ministère, le département ou la région, le rectorat de Lille a trouvé une parade, et un « vivier » tout frais de main d’œuvre à très bon marché. Il s’en vante d’ailleurs sur son site : « l’Académie de Lille recrute 1 190 jeunes volontaires en Service civique universel. Pourquoi pas vous ? » .

Alors non, il ne vous propose pas de recruter des jeunes volontaires. Il vous propose de l’être pour des missions pérennes de l’école ou du collège, jusque-là dévolue aux personnes en contrat d’assistant-e d’éducation ou en contrat unique d’insertion, voire à des personnels avec un emploi statutaire : accompagner des élèves en situation de handicap, mener des actions de sensibilisation sur la santé, participer à une meilleure information des élèves sur l’orientation, sont quelques-unes des missions proposées.

L’utilité de ces missions de service public mérite bien un encouragement à la hauteur de leur valeur, et à l’évidence le ministère et le rectorat la placent vraiment très haut : au cours de son service civique, une personne âgée de 16 à 25 ans bénéficie, en fonction de sa situation, d’une indemnisation mensuelle comprise entre 467,34 € (cas général) et 573 € intégralement versée par l’État…

Nous ne mettons évidemment pas en cause la motivation des personnes qui souhaitent travailler avec des jeunes ou découvrir les métiers d’éducation. Mais comment accepter que nos futur-es collègues soient si mal payé-es, et ne bénéficient pas en fin de contrat de la reconnaissance de leurs compétences pour ces missions ? D’accord, nous voyons le mal partout. La réalité vue du ministère ou du rectorat est plus rose. Les précaires c’est comme les bonbons : il y en a de toutes les formes et de toutes les couleurs, on peut les prendre ou les jeter par poignées, et à l’unité ce n’est pas cher.

On comprend mieux pourquoi « nous on les aime nos précaires », selon une formulation inénarrable entendue un jour lors d’une audience au rectorat dans la bouche d’un-e membre de la hiérarchie. Un salaire de recteur est seulement de l’ordre de 10 000 € par mois. Il est heureusement complété, quoique maigrement, par la « prime de responsabilité » (sic), passée de 15 200 € par an en 2010 à 25 620 € en 2014 [1]. Et employer autant de précaires à tour de bras est en effet un acte de responsabilité par les temps qui courent, avec toute cette austérité qui nous tombe dessus sans crier gare.

Pour SUD éducation :

- la précarisation est au centre du processus de destruction des droits de tou-te-s les salarié‑e‑s, des services publics et des solidarités ;
- le service public doit être effectué par des personnels en emplois statutaires ;
- nos collègues en emploi précaire doivent être titularisé-es rapidement et sans condition.

Notes

[1Un-e recteur/trice d’académie qui avait atteint tous les objectifs fixés pour l’année 2015 pouvait prétendre, en plus de son salaire, à une prime annuelle : jusqu’à 37.000 euros en plus selon l’académie.