Quand la petite cuisine de l’inspection générale rompt l’égalité de traitement entre candidat·e·s CRPE 2022

(actualisé le )

L’arrêté-cadre qui donne le programme officiel du nouveau concours des professeur·e·s des écoles ne vaut rien, il n’est là que pour tromper le quidam mal renseigné. Le programme officieux du CRPE est écrit par un inspecteur qui décide seul de ce qu’il peut ajouter ou enlever. Certain·e·s candidat·e·s informé·e·s par des formateurs/trices bien renseigné·e·s connaissent ce programme off, les autres vont s’épuiser à travailler l’ensemble des notions du programme officiel.


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Pour les candidat·e·s qui n’ont pas accès aux confidences de l’inspection générale, le programme de l’épreuve écrite de mathématiques est donné par l’arrêté du 25 janvier 2021. Il s’agit de toutes les notions mathématiques contenues dans les programmes des cycles 1, 2, 3 et 4 (c’est-à dire jusqu’au programme de la classe de 3ème).

Il est précisé dans l’arrêté : « Les épreuves écrites prennent appui sur un programme publié sur le site internet du ministère chargé de l’éducation nationale ». Le 6 avril 2021, le ministère communique sur le web son programme des écrits pour cette année. Et surprise, pour les mathématiques, le programme dépasse le cadre fixé par l’arrêté. Pour les mathématiques, on y ajoute la partie "Nombres et calculs" du programme de seconde. Inversion de la hiérarchie des normes juridiques, une page web prend le dessus sur un arrêté.
Mais le pire est à venir !

Voilà donc que le ministère lance les candidat·e·s sur un long et pénible travail de bachotage. Il faut revoir la trigonométrie, le théorème de Thalès et aussi la partie ajoutée du programme de seconde : valeurs absolues, intervalles, inéquations, etc. Tout un ensemble de notions qui ne sont pas directement liées aux enjeux de l’enseignement primaire et qui sont complètement oubliées des candidat·e·s ayant arrêté les maths en Seconde (et avec la réforme du lycée ils et elles seront de plus en plus nombreux/ses).

Seul·e·s les candidat·e·s bien renseigné·e·s réviseront aussi les probabilités du lycée. En effet, les lecteurs/trices attentifs/ves des annales de CRPE savent que les exercices de probabilités dépassent souvent le programme du concours (en particulier avec les arbres pondérés ou les probabilités conditionnelles qui ne sont pas au programme du cycle 4). C’est d’ailleurs le cas du sujet « zéro » proposé sur le site de l’Éducation nationale.
Mais le pire est à venir !

Et c’est là qu’il est utile d’avoir de bonnes oreilles, d’écouter les formateurs et formatrices qui sont dans la confidence pour connaître les impasses que l’on peut faire. Une partie de ces confidences sont en accès libre, encore faut-il les trouver. L’université de Grenoble diffuse sur son site une vidéo de la participation de l’inspecteur général en charge des sujets de CRPE à un colloque sur la formation des enseignant·e·s [1].

M. Hunault, inspecteur général, y expose son point de vue bien personnel sur le cadre de l’épreuve. Et il faut bien l’écouter car c’est cet homme qui oriente et valide les sujets. Il motive entre autres l’ajout de la partie du programme de seconde "Nombres et calculs" par la nécessité d’un renforcement de l’algèbre, « on peut penser notamment aux systèmes de deux équations à deux inconnues »(à 8’20). Notre inspecteur ne sait pas lire les programmes, les systèmes d’équations ne font pas partie du domaine "Nombres et calculs" mais du domaine "Géométrie". Seul·e·s les candidat·e·s bien renseigné·e·s vont donc réviser aussi les systèmes d’équations, ce n’est pas au programme, mais ils et elles savent que l’inspecteur responsable du contrôle de conformité des sujets le croit.
Mais le pire est à venir !

Seul·e·s les candidat·e·s bien renseigné·e·s connaîtront le programme officieux, celui qui permettra d’être efficace dans ses révisions. Il y aura systématiquement des questions sur le tableur, sur la programmation et sur les probabilités. Et plus intéressant encore, il n’y aura ni notation scientifique, ni notion de ratio, ni caractérisations angulaires du parallélisme (angles alterne-interne, angles correspondants), ni trigonométrie, ni homothéties. « Je ne tiens pas, parce que c’est moi qui signe les sujets, à signer des sujets qui portent sur ces points-là » (à 8’40).

Un inspecteur outrepasse ses fonctions et, se sachant enregistré, fanfaronne auprès de quelques collègues des pleins pouvoirs qu’il s’est accordés. Et le pire est ici : on ne s’en étonne même plus.